LA REALITEE sur le TERRAIN = LES ESTIVES =

Toujours dans le compte-rendu de son AG 2008, l’ASPAP tente de nous convaincre la larme à l’oeil qu’ "avant l’ours, un troupeau perdait moins d’une dizaine de bêtes en transhumance, dont la plupart étaient retrouvées et identifiées". Tout connaisseur ou observateur du pastoralisme pyrénéen ne peut que s’amuser de lire de tels mensonges. Qui compte-t-on embrouiller ?
De ces différents cas de figure, il ressort une mauvaise volonté manifeste de certains éleveurs et bergers ainsi que des tentatives répétées voire systématiques de travestir la situation réelle.
Aider les bonnes volontés, sanctionner les éradicateurs
Ainsi, au sujet des trois mesures de protection garantissant des moyennes de plus de 90% de baisse de toute forme de prédation sur les estives (2), les conclusions du Rapport d’activités 2007 des Techniciens Pastoraux Itinérants (TPI), sont sans ambiguïté :
"(…) malgré l’acceptation des TPI, il nous semble que peu d’éleveurs ou de bergers souhaitent changer leurs méthodes de travail suite aux prédations. Il est bien évident que de tels changements sont très lourds à mettre en oeuvre et souvent plus contraignants que l’existant".
Si "peu d’éleveurs ou de bergers" évoluent, l’ours brun disparaîtra, c’est certain. Il faut agir sur ce facteur limitant considérable si l’on souhaite réellement un avenir pour cette espèce.
Or, comme pour les calamités écologiques graves qui frappent ce début de XXIème siècle (changement climatique, épuisement des ressources…), la société et les décideurs semblent dans une période de prise de conscience avec une volonté forte et sincère de changer de comportement afin de trouver et mettre en oeuvre des solutions pour sortir de la crise. Etudes, mesures techniques, juridiques, fiscales, financières et humaines sont convoquées pour apporter des solutions multiformes. Comme pour l’ours, ces solutions existent et sont connues, elles sont à portée de main ou existent déjà.
L’ours des Pyrénées peut-être placé dans cette perspective sur le thème de la perte de la biodiversité. La société (3), l’Etat (4), l’Europe(5), ont pris conscience de la nécessité d’agir efficacement pour qu’il puisse continuer d’exister des ours dans les Pyrénées comme depuis la nuit des temps.
A l’heure des conclusions de la mission d’évaluation à mi-parcours du plan de renforcement ursin 2006-2009, la balle est dans le camp de l’Etat : à lui de favoriser considérablement grâces aux mesures-solutions listées ci-dessus, les éleveurs et bergers qui font l’effort de cohabiter avec succès avec l’ours des Pyrénées. A l’Etat aussi de pénaliser fortement les formes d’élevage qui portent atteinte à l’ours. Surtout quand on sait que ce sont ces formes d’"élevage" sans gardiennage des bêtes et donc sans hommes en montagne de façon permanent en été, qui jouent le rôle le plus faible en matière d’entretien du paysage, d’ouverture des milieux (si le milieu a réellement besoin de rester "ouvert"…le débat est sociétale, philosophique et politique…) et de maintien de l’homme dans les zones rurales de montagne.(6)
Sauver l’ours des Pyrénées, c’est donc renouveler l’arsenal juridique contre les braconnages (toujours importants) et contre les atteintes à son biotope, c’est surtout poursuivre et augmenter les aides au gardiennage en zone à ours (aides à l’embauche de bergers) ainsi que toutes les mesures du plan ours actuel (héliportages de début et fin d’estive, indémnisation solide des pertes de bétail, aides techniques, prise en charge de l’achat des barrières de protection, de l’acquisition, de la nourriture et du suivi des chiens patous, amélioration des cabanes…etc…).
C’est, en contrepartie, agir réellement pour strictement conditionner toutes les aides à l’élevage en montagne à l’acceptation de l’ours et à la mise en place des trois mesures de protection connues et efficaces contre la prédation. Ceci, qu’il s’agisse des aides nationales ou européennes, aujourd’hui très importantes vis à vis de l’élevage ovin puisque seules ces aides lui permettent de perdurer voire de se développer. Sous des formes parfois préjudiciables à l’ours qu’il est alors indispensable de faire évoluer et non d’encourager telles quelles.
C’est à ce prix qu’un pastoralisme du XXIème siècle, cohérent, reponsable et en paix avec les attentes de la société pourra garantir le maintien de l’ours brun des Pyrénées au lieu de chercher, toujours en 2008, son éradication passive ou active :
"Garantir la survie de l’ours brun d’Europe, c’est précisément conserver plusieurs noyaux stables partout où il est encore présent. (…) Quelle que soit l’espèce, reporter sur d’autres pays la responsabilité de sa conservation c’est travailler, sans le dire, à sa disparition. Or la population pyrénéenne actuelle d’ours brun n’est pas viable"(Ministère de l’écologie, 2006)
Tranchant avec cette prise de position officielle responsable, prélude au plan ours 2006-2009, les ultrapastoraux de l’ASPAP, de l’ADDIP et autres associations anti-ours s’enferment dans l’archaïsme en revendiquant (et en agissant hélas) pour l’éradication de l’ours des Pyrénées. Que ce soit une éradication active (battues contre l’ourse Franska jusqu’à l’acculer sur la route où elle fut percutée mortellement par une voiture en aout dernier et où elle fut retrouvée avec une quarantaine de plombs de chasse dans le corps) ou une éradication passive en faisant pression sur l’Etat pour qu’il laisse tomber l’ours, le laissant disparaitre en silence. Début février 2008 lors de son assemblée générale, l’ASPAP n’a-telle pas encore déclaré sans ambiguïté elle non plus, sa : "détermination à faire cesser définitivement le plan ours, et [sa] vigilance notamment face à la menace du remplacement des deux ourses mortes accidentellement." C’est faire clairement le choix d’abandonner définitivement l’ours dans les Pyrénées alors que de nouveau lâchers sont indispensable pour sauver l’espèce de la disparition (7)
Or, sur le terrain, la réussite et l’espoir sont là, il faut les favoriser à tout prix si notre pays tient vraiment à l’ours brun comme le disent des éleveurs et des bergers eux-même :
"(…) ces réintroductions d’ours doivent bénéficier au pastoralisme, elles doivent permettre une meilleure prise en compte des besoins du pastoralisme, doivent lui permettre de moderniser ses équipements, de mieux faire vivre les bergers, de mieux entretenir la montagne.
Nous pensons que ce sont sur ces thèmes qu’il faut réfléchir, agir, revendiquer ; si demain les ours étaient tous retirés des montagnes, est-ce que pour autant tous les problèmes du pastoralisme seraient résolus ? Évidemment non.(…)" "(…) Le maintien de l’agriculture de montagne et de la faune sauvage pyrénéenne n’est pas impossible. Des éleveurs, des groupements pastoraux ont déjà franchi le pas, les résultats sont là. Oui, les moyens de protection des troupeaux face aux prédateurs sont efficaces (…)" Association de Cohabitation Pastorale (La Lettre de l’ACP, aout 2007).
A l’Etat de faire désormais ses choix : éradication passive de l’ours ou consolidation de sa présence avec soutien appuyé, renouvelé, renforcées aux bonnes volontés et sanctions strictes et sévères renforcées elles aussi contre les destructeurs de ce patrimoine naturel et culturel des Pyrénées et de l’humanité(8].
Une évolution législative est nécessaire : un délit d’apologie à la destruction d’espèce protégée est par exemple à créer, les sanctions en cas de dérangement volontaire ou de nouvelles "battues" (elles furent fatales à Franska) doivent être augmentées. Peut-on accepter qu’en 2008 une minorité fasse de la destruction de l’ours brun le moteur de son action ? La société, l’Etat doivent-ils laisser faire alors que de réelles solutions de cohabitation existent et sont appliquées sur le terrain chaque été dans les Pyrénées ? Peut-on accepter d’entendre aujourd’hui une minorité violente affirmer : "S’ils réintroduisent des ours, nous mettrons le feu à la montagne !" (de la bouche de la porte-parole de l’ADDIP en 2007 juste après que l’ours Franska ait été percutée par une voiture).
Enfin, l’Etat doit-il laisser l’ours dans cette situation alors que sans nouveaux lâchers dans un délai rapide, l’ours disparaîtra à coup sûr des Pyrénées ? Au-delà des remplacement évidents de Palouma et Franska, ce ne sont pas moins de 8 ours qu’il est urgent de lâcher dans les Pyrénées pour espérer sauver l’espèce et non simplement la laisser vivoter(7).
Les français et les pyrénéens le veulent (3). Ce n’est pas une utopie : les italiens ont lâché avec succès 10 ours en 4 ans de 1999 à 2002 dans le Trentin. Dans les Pyrénées, les bonnes volontés sont là, il faut les faire fructifier et se montrer intransigeants envers les éradicateurs de l’ours, c’est aussi une question de démocratie.
Patrick PAPPOLA,
Simple citoyen attaché à des Pyrénées vivantes et sauvages AVEC l’ours.
(1) l’ETO : Equipe Technique Ours regroupant les techniciens chargés du suivi des ours dans les Pyrénées. Les Techniciens Pastoraux Itinérants sont rattachés à l’ETO qui dépend de l’ONCFS (Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage).
(2) "La protection des troupeaux : fonctionnement efficacité, limites et optimisation", ACP, Pays de l’Ours ADET 2006. Cette étude menée de 2003 à 2005 auprès de 37 éleveurs et sur 18 estives montre que la seule mesure de protection "chien patou" (qui fait fuir l’ours) a fait baisser les pertes de … 90 % !
(3) 100% des études d’opinion réalisées depuis une décennie montrent une adhésion sans faille et très fortement majoritaire des français et des pyrénéens au sauvetage de l’ours des Pyrénées. Deux exemples : "Les pyrénéens et la conservation de l’ours – Sondage IFOP- Pays de l’Ours ADET – février 2005" et "Les Français plébiscitent la présence de l’Ours dans les Pyrénées – WWF-ADET Enquête IFOP 2003".
(4) Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises – 2006-2009.
(5) L’Union Européenne soutient l’ours des Pyrénées à travers le programme "Life-Coex" concernant la coexistence entre les activités humaines et la présence de l’ours.
(6) Il est beaucoup plus facile d’agir pour la biodiversité en montagne avec des troupeaux en gardiennage, c’est à dire avec berger présent tout l’été et non pas seulement une fois par semaine puisque ces actions favorables à la biodiversité végétale consistent à faire pâturer les bêtes où elles ne vont jamais et où les versants s’embroussaillent. Sans berger, livrées à elles mêmes, les bêtes n’ont pas une tendance "naturelle" à s’aventurer dens ces zones broussailleuses pour s’en nourrir. De même, davantage d’ours dans les Pyrénées, c’est davantage de bergers en estive donc des Pyrénées "vivantes" (avec des hommes sur le terrain) et "sauvages" (avec une faune variée et respectée qui fait la joie de tous les visiteurs).
(7) "Avant les 5 lâchers de 2006, une étude publiée dans les Comptes-rendus de l’Académie des Sciences (G. Chapron et al., CR Biologies 326, 2003), basée sur des modèles démographiques, préconisait les lâchers rapides d’au minimum 11 ours. Différée de 10 ans, l’opération ne réduirait plus le risque d’extinction. Or en 2006, seuls 5 ours ont été lâchés et deux sont morts ce qui fait 3 ours au lieu de 11 … presque 4 fois moins que nécessaire !
Laisser la population d’ours française dans l’état actuel, c’est faire une croix définitive sur cette espèce et adopter une position revenant à éradiquer l’ours en France.
Sur base scientifique, on peut affirmer que si de nouveaux lâchers ne sont pas effectués rapidement, tout ce qui a été organisé depuis 1996 pour l’ours n’aura servi à rien". (extrait de "OURS : 10 erreurs fréquentes")
(8] Sait-on par exemple quel trésor de biodiversité nous avons perdu avec l’anéantissement par l’IPHB (Institution Patrimoniale du Haut-Béarn) des derniers ours pyrénéens de souche qui renfermaient dans leur patrimoine génétique les gènes les plus anciens de tous les ours de la planète ? (Recherches du Museum National d’Histoire Naturelle). Ne restent plus que le vieux mâle "Camille", le mâle "Aspe-Ouest" et le jeune mâle "Mohican" (dit aussi "Canellito"), l’ourson de "Cannelle", la dernière femelle béarnaise tuée par un chasseur le 1er novembre 2004. Ces trois derniers mâles recherchent désespérément leur femelle en l’absence de lâcher d’ourse décidées sur leurs territoires du Haut-Béarn et d’Aragon. Un énorme gâchis… que l’on pourrait alléger du jour au lendemain en décidant ces lâchers avant que les gènes de ces ours ne disparaissent définitivement avec la mort de leurs trois derniers porteurs.

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2 commentaires pour LA REALITEE sur le TERRAIN = LES ESTIVES =

  1. Hélène dit :

    On n’aura déjà plus jamais d’ours d’origine puisqu’un c.. nous a tué Cannelle, la seule femelle .
     

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  2. Anne dit :

     
    Merci de ton passage, c’est sympa! 
    Les ours, comme toutes les autres espèces en voie de disparition (animales, végétales…), sont essentiels à l’équilibre de notre écosystème…Rester vigilant pour l’avenir de notre planète et respecter cette biodiversité…!!
    Passe une bonne soirée.
    Anne

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